
En ces temps fortement influencés par des idées contradictoires, les aînés se voient confrontés à des mouvements opposés aux valeurs véhiculées durant les décennies précédentes, un temps que les jeunes n’ont pas connu.
Or ces mêmes jeunes se sont d’abord construits sur le modèle parental, lorsqu’ils ont eu la chance de bénéficier de figures s stables dans un monde de plus en plus déstructuré par les guerres, les crises et les dystopies.
Comme on l’a déjà évoqué dans divers articles astrologiques, l’identification se fait en partie par imitation : d’abord de ceux qui nous élèvent, ensuite par le biais des rencontres et de leurs influences, ce qui peut parfois tout remettre en question, lorsque nous ne sommes pas sûrs de nous. On peut changer toute sa vie au contact des événements, par désir de se fondre dans la masse en faisant le caméléon ; on peut aussi, au contraire, conserver toujours la même attitude par manque d’adaptabilité, mais également par conviction, en cherchant à faire plier ceux qui sont en face de nous. On le voit notamment chez certains hommes politiques.
Rappelons que l’identification est un ensemble de processus mentaux par lesquels un individu se construit en intériorisant des modèles – sexe, figures d’autorité, images culturelles, idéaux – qui vont servir de base à son identité.
Il s’agit d’un mécanisme profond, souvent inconscient, où le sujet incorpore des traits, des attitudes et des valeurs, se reconnaît dans certaines personnes et organise son sentiment d’être à partir de ses références. Il devient quelqu’un en s’appropriant et en transformant les figures auxquelles il s’est identifié. Il peut aussi se définir à travers le regard des autres, même lorsqu’il affirme fortement sa personnalité, et dépendre secrètement de l’admiration, de l’approbation ou de la confirmation extérieure.
Une identification se construit progressivement dans le temps ; elle est relationnelle puisqu’elle dépend des figures rencontrées, sélective puisqu’on ne s’identifie pas à tout, et quelquefois ambivalente, car on peut à la fois s’identifier à un modèle et le rejeter. Par exemple, un adolescent peut dire : « Je suis comme mon père… mais je ne suis pas d’accord avec lui. »
Plusieurs facteurs peuvent transformer une identification en fonctionnement problématique : une identification dominante à un seul modèle intérieur, ou une identification très chargée affectivement par la peur, la loyauté, la dette ou la culpabilité. Il y a alors absence de distance : le sujet ne parvient plus à dire « ce n’est pas moi » et une confusion peut s’installer entre soi et le modèle.
Dans les relations familiales, la psychanalyse classique a notamment décrit :
le complexe d’Œdipe, lorsque le fils reste dans un attachement très fusionnel à sa mère,
le complexe d’Électre, terme utilisé pour décrire chez la fille un attachement privilégié au père, même s’il est beaucoup moins employé,
le complexe de Jocaste, expression utilisée pour désigner une mère qui entretient avec son fils une relation possessive ou excessivement fusionnelle.
Il n’existe pas véritablement de terme équivalent consacré pour le père avec sa fille ; on parle plutôt de relation père-fille fusionnelle, de père possessif, d’emprise paternelle ou, dans un vocabulaire psychanalytique, de « relation œdipienne insuffisamment différenciée » lorsque le père maintient sa fille dans une proximité affective qui freine son autonomie, sans qu’il soit pour autant question d’inceste. On a le pendant avec la fille qui entretient une relation fusionnelle avec sa mère, cette fusion peut être entretenue par la mère, recherchée par la fille, ou se construire réciproquement dans une relation où chacune trouve sécurité, reconnaissance ou compensation affective et matérielle.
Il ne faut pas oublier non plus que la psychanalyse s’est construite dans une société profondément patriarcale, ce qui a nécessairement influencé certaines de ces catégories et de ces interprétations, où ĺ’ homme apparait plus que parfait (je rappelle que Jung avait des relations intimes avec un certain nombre de ses patientes).
Il existe donc toujours le danger de reproduire quelque chose qui peut devenir néfaste.
L’animal, lui, vit en grande partie selon des comportements instinctifs qui assurent d’abord sa survie, tandis que l’être humain peut parfois se soustraire à cette injonction élémentaire.
La nature offre une extraordinaire diversité de comportements. Chez les oiseaux, il y a le temps de la couvaison ; chez les mammifères, la gestation est suivie d’un maternage souvent beaucoup plus long. Dans de nombreuses espèces, un parent ou les deux nourrissent et protègent les petits jusqu’à ce qu’ils deviennent autonomes. Chez les espèces sociales, comme les éléphants, les jeunes restent longtemps intégrés au groupe, puis, ils partent dès qu’ils peuvent survivre seuls. Les jeunes mâles quittent souvent leur groupe natal tandis que les femelles demeurent entre apparentées, mais ces organisations varient considérablement selon les espèces.
Chez de nombreux mammifères, le mâle participe peu ou pas aux soins des petits, tandis que chez beaucoup d’oiseaux, il contribue à nourrir la femelle ou les oisillons et à défendre le nid. Certaines espèces forment des couples durables, chez les oiseaux comme chez les mammifères.
Même chez les poissons, les comportements reproductifs peuvent être extrêmement élaborés et, vont bien au-delà du simple accouplement. Certains changent de couleur, construisent des nids ou aménagent le fond pour attirer une partenaire ; la plupart des oiseaux dansent, chantent ou exhibent leur plumage qui se colorent d’intenses couleurs. La parade nuptiale existe sous des formes très diverses dans le monde animal et, dans de nombreuses espèces, le choix que fait la femelle est essentiel dans la sélection du partenaire.
Il existe cependant quelques espèces qui ont un comportement violent, notamment chez certains amphibiens comme les crapauds et chez certains oiseaux aquatiques comme les Colverts, où plusieurs mâles peuvent poursuivre et contraindre une même femelle, parfois au point qu’elle risque la noyade.
La nature n’est ni morale ni immorale : elle fonctionne selon des stratégies de survie et de reproduction extrêmement diverses.
Nous avons malgré tout beaucoup à apprendre de son fonctionnement, et l’expression » avoir un comportement bestial » paraît souvent bien mal choisie lorsqu’elle sert à qualifier les pires comportements humains.
Chez l’être humain, la difficulté vient aussi de sa capacité à détourner ses pulsions, à transformer le désir en consommation, la puissance en domination ou le plaisir en recherche sans limite. Le sexe peut devenir une distraction ou une marchandise, amplifiée par la pornographie ou par des moyens artificiels, tandis que l’être humain peut parallèlement saccager le lieu dans lequel il vit, sans mesurer les conséquences à long terme, convaincu qu’il trouvera
toujours un subterfuge pour échapper à ses obligations.
Il reste pourtant lui aussi partie prenante de la nature, dont il s’ingénie parfois à ignorer les équilibres. Ces lois ne sont pas écrites, mais leurs conséquences deviennent visibles lorsque certains seuils sont dépassés.
Certes les progrès ont considérablement augmenté, mais jouer aux apprentis sorciers peut aussi se retourner contre nous. Plus que des injonctions à faire ceci ou cela, plus que des mots d’ordre destinés à condamner les uns ou les autres, il faudrait sans doute revenir à davantage de bon sens : les révoltes et les transformations peuvent être nécessaires, mais chaque excès finit par produire ses effets pervers lorsqu’il détruit sans discernement ce qui pouvait encore servir de point d’équilibre.
